Fonds de soutien aux documentaires, une réforme nécessaire !

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Le Compte de Soutien à l’Industrie des Programmes audiovisuels du CNC (COSIP) ne doit plus servir à financer des produits audiovisuels prétendument documentaires.

Le Centre National de la Cinématographie, dans sa dernière étude concernant la production audiovisuelle aidée, annonce le chiffre historique et jamais atteint de 2921 heures de documentaires aidées en 2012. Moins onéreux à initier que la fiction, ce genre cinématographique occupe une large place dans les grilles du PAF. De ces constats, nous pourrions déduire la vitalité du documentaire. Mais en creusant, on s’aperçoit que ce chiffre masque une réalité moins réjouissante.

« Tellement vrai » diffusée sur NRJ12, « Confessions intimes » sur TF1, « Ça nous ressemble » sur TMC, « Enquêtes et révélations » sur TF1 ou encore « Faites entrer l’accusé » sur France 2 ou « C’est pas sorcier » pour France 3… La liste des programmes soutenus au titre du documentaire de création s’allonge sans cesse : « Je ne m’accepte pas comme je suis », « Elles aiment les hommes plus jeunes et elles assument », « Face aux kilos, à chacun sa méthode… », « Je suis sûr d’être une star », « Ma chienne m’aime plus que toi ! » ou encore « Touche pas à mon CRS ».

Peut-on considérer ces programmes comme relevant du documentaire de création ? Dans le meilleur des cas, il s’agit de magazine de reportage et d’enquête journalistique. Dans le pire des cas, il s’agit de programmes low-cost formatés, contaminés par la téléréalité et empruntant aux standards de la scripted reality.

Comment un tel détournement est-il possible ? Le soutien à la production audiovisuelle du CNC s’articule pour 75% sur une aide attribuée automatiquement aux producteurs ayant déjà produit des œuvres audiovisuelles diffusées sur les chaînes de télévision françaises. Le contrôle de l’attribution de cette aide est avant tout quantitatif. Des critères de qualité sont à instaurer afin que l’aide se resserre sur les œuvres audiovisuelles. Car au fil des années, un véritable dévoiement de l’argent public et une dérive du CNC dans ses missions sont à l’œuvre.

Le CNC, conscient du problème, travaille actuellement à une réforme du dispositif. Addoc (Association des cinéastes documentaristes) et la SRF (Société de réalisateurs de films) font d’ores et déjà connaître leurs propositions :
– Créer un dispositif pour la publication transparente de l’ensemble des programmes aidés
– Mettre en place une commission pour le suivi et la transparence des comptes, où siègeraient les associations d’auteurs réalisateurs
– Établir un faisceau de critères qui garantisse le travail des chargés de compte et englobe d’autres aspects que le seul volet comptable
– Créer une commission spécifique d’aide sélective pour le documentaire de création

Nous attendons avec vigilance la réforme annoncée par le CNC. Que cesse cette dérive et que le soutien public revienne réellement aux films documentaires qui offrent un regard complexe sur le monde avec des écritures cinématographiques originales.

Communiqué commun Addoc / SRF
publié le 3 mai 2013