Le cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Dans le cadre du Mois du documentaire de l’ACRIF
Du 5 novembre au 14 décembre en Ile de France


« Nous connaissons Joana Hadjithomas et Khalil Joreige depuis quelques années, et notre vision stupéfaite de leur second long métrage, A Perfect Day : une matière plastique et une narration à la frontière du documentaire et de la fiction, des arts plastiques et du cinéma. Nous découvrions alors une méthode de travail singulière, empruntant à l’art contemporain et au cinéma, abolissant les frontières entre ces territoires et leurs manières de penser et de produire.
Quelques années plus tard, la sortie de Je veux voir confirma le sentiment d’une œuvre décisive car appliquée à poser les questions les plus urgentes : que peut le cinéma aujourd’hui, quelles sont ses puissances politiques et esthétiques dans le contexte contemporain du Liban, et au-delà, d’une civilisation de l’image souvent aveugle et oublieuse ? Loin des jeux postmodernes et des dérives nombrilistes d’un art sans histoire(s), les films de Joreige et Hadjithomas empruntent aux arts plastiques des pratiques et des questions capables de rendre au cinéma vertu polémique et nécessité politique : un cinéma qui déplace les lignes, bouscule les conforts de pensée et les habitudes de regard, fragilise les discours dominants en en faisant affleurer l’impensé, l’inaperçu. Un cinéma qui questionne l’image pour agir dans le réel, et vice-versa.
Peu d’artistes-cinéastes jouissent comme eux de la même reconnaissance, d’une considération égale dans les champs du cinéma et de l’art contemporain. Mais au-delà de la qualité de leurs travaux et de leur aura internationale, nous intéresse leur manière unique de nouer les pratiques de l’art et celles du cinéma : une exposition engendre un film, que prolonge une seconde exposition ; un long métrage produit dans les normes génère des courts métrages plus libres, des essais auto-produits. C’est aussi une porosité entre l’intime et le politique dans le contexte pour le moins troublé du Moyen-Orient : la grande politique est toujours ressaisie dans ses répercussions quotidiennes, intimes, tant physiques que psychologiques. Leur parole fait apparaître un processus organique, vital, nourri par une inquiétude constante, une remise en cause permanente des objectifs et des moyens employés ».

Extrait de l’avant-propos, Le cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, entretien avec Quentin Mével, Éditions Independencia (2013).

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