Un territoire sans carte

du 16 Mai au 16 juin 2012
Vernissage Mardi 15 Mai de 18h30 à 23h00
A l’Espace Khiasma

Le deux premiers mouvements de l’exposition de printemps à l’Espace Khiasma, Trafic de Légendes et Un Envoûtement de l’Histoire, proposaient d’actualiser la notion de Nouveau Monde. Il ne s’agirait plus de se projeter vers une terre inconnue mais d’éprouver l’empreinte dans la psyché des identités hybrides fabriquées par le moment colonial et de voir se dessiner au travers de l’art actuel un régime du trouble et de l’indécidable. Il faudrait rejouer l’Histoire pour y trouver de nouvelles prises critiques, mettre en scène de nouvelles figures, appréhender d’autres versions des faits.
Le troisième mouvement de l’exposition pose la question de la carte de cet empire intérieur. La carte comme méthode rationnelle de représentation du monde, comme outil de séparation des identités, de définition des légalités, la carte et ses intangibles frontières peut-elle tendre son image par-dessus ce nouveau monde ? Peut-elle réifier les songes, les fantômes et les esprits malins ?
Les oeuvres exposées ici sont des tentatives de nouvelles lectures : qu’elles procèdent du déplacement et de la réévaluation des pratiques cartographiques extra-européennes ou de l’appropriation de celles-ci dans d’autres contextes.
Plusieurs pièces tentent également de penser la globalisation et Internet comme bases de nouveaux régimes sensibles, de nouveaux imaginaires de l’espace, en somme de Nouveaux Mondes qu’il s’agirait d’appréhender au-delà du trouble qu’ils dessinent en nous.

QUATRE FILMS à découvrir dans ce cadre:

UN Archipel de Marie bouts & till roeskens
(France, 37 min., 2012 / production : Khiasma )
Il existe un continent où les cartes géographiques ne sont pas dessinées, mais chantées. Chacun y est
le chanteur d’un chemin, le gardien d’une trajectoire possible. Perdus entre les autoroutes, les centres commerciaux, les chantiers, les immeubles et les friches de la banlieue nord-est de Paris, nous avons proposé aux personnes rencontrées ça et là d’inventer ce continent avec nous. Nous les avons suivies sur leurs pistes à travers des villes qui nous semblaient sans fin. Nous avons écouté leurs paroles.
Jadis territoire des classes laborieuses, la banlieue nord-est de Paris se transforme inexorablement.
La capitale s’étend et façonne, dans un immense chantier à ciel ouvert, un nouveau chapitre de l’histoire de cette terre ouvrière. Un archipel est le chant d’un monde qui disparaît, une ode à ces voix qui résistent, une errance dans la ville, ses paysages et ses derniers passages secrets.
Cette nouvelle version du film proposée dans le cadre de l’exposition pistes à l’automne 2010 a été présentée en première dans le cadre de la 34ème édition du festival « Cinéma du réel » au Centre georges pompidou en mars 2012.

LA nouvelle Kahnawaké
de Patrick Bernier & Olive Martin
(France, 42 min., 2010 / production : le Crabe Fantôme)
Kahnawaké est une petite réserve indienne au sud de Montréal. Elle héberge quelques 300 casinos virtuels alors que la Mohawk, rivière emblématique de la « Frontière » au temps de la colonisation américaine, est un câble de transmission de données informatiques. Poker, défi aux lois, lutte opiniâtre pour le contrôle d’un « nouveau » territoire où certains laissent leurs plumes, le film La Nouvelle Kahnawaké est une exploration poétique de ce nouvel eldorado. Il s’appuie sur ces analogies avec le western pour interroger à la fois notre relation à la figure de l’Indien et le bouleversement de notre perception de l’espace engendré par les nouvelles technologies de l’information.
>>>> jEudi 24 Mai à 20h30 : CartE blanChE à olivE Martin Et patriCK bErniEr
pErForManCE / lECturE : L’écHIqUETé

TEN
de niklas goldbach
(allemagne, 12 min., 2010)
Sur les hauteurs d’une ville occidentale, se déroule une rencontre. Dans le design glacé d’une immense suite monochrome, dix hommes parfaitement identiques se réunissent et s’adonnent à une série de rites étranges. Est-ce là un sommet ? Sont-ils les chefs d’Etats devenus fantômes ? Tout semble ici interchangeable, équivalent ; les drapeaux sont noirs ou blancs mais plus rien ne semble vouloir s’opposer, offrir résistance, différence. Adepte du dédoublement, Niklas Golbach dessine avec cette nouvelle oeuvre le portrait acide d’un monde globalisé, un occident spectral où l’obsession de l’identité accouche d’une société sans perspective.
>>>> jEudi 14 juin à 20h30 : CartE blanChE à niKlas goldbaCh.

kEMpINskI
de neil beloufa
(France/Mali, 17 min., 2007)
Dans un lieu inconnu, des hommes parlent au coeur de la nuit à la seule lumière de néons. Nous sommes peut-être en Afrique mais le discours de nos hôtes nous emmène ailleurs, dans un territoire sans limite, un temps troublé. Le dernier homme au monde discute avec son immense famille de boeufs, des voitures parlent, des hommes et des objets communiquent par la pensée, voyagent à la vitesse de la lumière et savent maintenant tout des astres qui nous entourent. Neil Beloufa nous plonge avec l’un de ses premiers films dans une fable où la science fiction tisse des liens troublants avec la pensée animiste, livrant un territoire indéterminé à la croisée des temps et des cultures.

DANs LE cADrE DE L’ExposITIoN : vEndrEdi 1Er juin à 20h30
Conférence de Richard Price
« Mon nouveau livre, Saramaka v. Suriname : Les droits de l’homme au tribunal (qui paraît en français le 20 mai chez Karthala) est consacré à la lutte des Saramaka pour défendre leur territoire traditionnel et leur mode de vie contre les incursions de l’État du Suriname. En même temps, je voudrais proposer une leçon sur l’utilité de l’anthropologie et l’histoire dans les luttes juridiques du présent. Il s’agit d’un cas précis où la mémoire collective d’un peuple, qui ne sait ni lire ni écrire, a néanmoins influencé la Cour la plus importante des Amériques à protéger leurs droits les plus
fondamentaux. Dans ce cas, la mémoire collective des Saramaka a joué un rôle clé dans leur victoire devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. Autrement dit, la mémoire collective qu’a un peuple de ses révoltes des XVIIe et XVIIIe siècles est en train de produire d’importants effets politiques, économiques, sociaux, et culturels au XXIe siècle. Et ces effets ont une importance pour toutes les nations des Amériques. »
Diplômé de harvard, richard price a enseigné l’ethnologie et l’histoire dans plusieurs universités aux états-unis (Yale, johns hopkins, william & Mary) ainsi qu’à l’universidade Federal da bahia (brésil) et à l’école des hautes études en sciences sociales à paris.

Exposition ouverte du Mercredi au samedi dE 15h à 20h – Entrée libre
Khiasma
15, rue Chassagnolle
93260 les lilas
M° porte ou Mairie des lilas.
inFo/résa
resa@khiasma.net
www.KhiasMa.nEt
01 43 60 69 72

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